Charentonneau

Les manifestations des associations du quartier de Charentonneau

Le rat, le juge et l’intendant. 1 septembre 2010

Filed under: Détente — cgma @ 04:00
Tags:
   
  Sur un banc du jardin, à l’ombre d’une treille
  Disposée en berceau contre un soleil ardent,
  Le Juge était assis avec un Intendant
  Militaire. C’était merveille
  De les entendre discourir
  Sur tous sujets, comme deux sages
  Qui mettent en commun une heure de loisir.
  Et le ciel était sans nuages.
  Or, soudain, le Juge sentit
  Une averse sur son habit.
  Ho ! dirent-ils, d’où vient cette onde ?
  Sans être augure, ni marin,
  On sait que, par un ciel serein,
  Il ne pleut guère en ce bas monde.
  Le mystère ne fut pas long :
  L’Intendant, d’un regard profond,
  Découvrit, caché dans la treille,
  Suçant une grappe vermeille,
  Un rat … un énorme rat noir,
  Dont l’œil pétillait de malice.
  Ce misérable avait pissé sur la justice
  Et ne semblait s’en émouvoir !
  Rien que la mort n’était capable 
  De faire comprendre au coupable
  L’énormité de son méfait.
  Dès lors il fut, à cet effet,
  Procédé comme il convenait
  Dans l’espèce. Sans autre enquête,
  Un jeune et courageux garçon,
  Armé d’un fusil de salon,
  Fut mandé pour tirer sur l’insolente bête.
  Pan ! le coup part. Mais, – l’on dira
  Là-dessus ce que l’on voudra, –
  Il ne parut point que le rat
  En éprouvât la moindre gène.
  Il ne prit même pas la peine
  De se détourner du raisin
  Qu’il savourait d’un air malin.
  Toutefois, une oreille fine,
  – Celle d’une aimable cousine, – 
  Crut ouïr qu’il grognait tout bas :
  « C’est dégoûtant ! On ne peut pas
  « Maintenant, sans mésaventure,
  « Satisfaire tranquillement
  « Le moindre besoin de nature.
  « Voyez le gros événement !
  « Ces gens sont vraiment susceptibles :
  « Qu’eussent-ils fait, Grands Dieux ! si le jus laxatif
  « Que j’absorbe avait eu des effets plus sensibles
  « Sur mon appareil digestif ?
  « Quoi ! pour une innocente pluie,
  « Ils cherchent à m’assassiner !
  « Je vais leur fausser compagnie,
  « S’ils troublent encor mon dîner. « 
  L’Intendant se leva. Quand, dans l’infanterie,
  Trente ans auparavant, il servait la patrie,
  Il avait obtenu de nombreux prix de tir.
  Il saisit le fusil. Le dénouement du drame
  Approchait. Au fond de leur âme,
  Les témoins se sentaient frémir.
  Il ajuste. Il fait feu … Sans souci de la balle,
  Le rat détale.
  Et jamais il ne comprendra
  Qu’il n’est permis de prendre en aucune manière
  Le dos d’un magistrat pour une pissotière !
  Enfants, n’imitez point l’exemple de ce rat.
   
  Lespéret, 22 Septembre 1900.
  Gabriel Ducuing.
   

Gabriel Ducuing – Intendant militaire, « Inventeur » des cartes de rationnement dans l’armée,  mais également « poète » et surtout cousin de Anicet Malartic – Juge de Paix à Castelnau-Rivière-Basse  (Hautes-Pyrénées),  l’enfant cité dans la fable serait parait-il Henri le fils d’Anicet. (Des ancêtres de ma belle-famille).

Les cousinades de l’an 1900 valaient bien nos cousinades du XXIème siècle.

Publicités
 

 
%d blogueurs aiment cette page :